Après 1972 : le silence, l’exil et la légende
Champion du monde à 29 ans, il ne rejouera presque plus jamais. Trente-cinq ans d’une vie en marge, jusqu’à Reykjavik.
1972-1975 : un titre qu’il ne défendra pas
En septembre 1972, Fischer devient champion du monde en battant Boris Spassky à Reykjavik. Il ne jouera plus aucune partie officielle pendant près de vingt ans. En 1975, il doit défendre son titre contre le jeune Soviétique Anatoli Karpov. Il pose ses conditions à la FIDE : le match se jouerait en dix victoires, les nulles ne comptant pas, et il garderait le titre en cas de 9-9. La FIDE accepte une partie des demandes, mais pas la clause du 9-9. Fischer refuse de jouer : le 3 avril 1975, Karpov est proclamé champion du monde sans avoir joué.
Des années de retrait
Fischer vit alors en Californie, loin des projecteurs, et se rapproche de mouvements religieux. En 1981, il est arrêté à Pasadena par erreur, confondu avec un braqueur de banque, et passe quelques jours en prison. Il en garde une profonde méfiance envers les autorités américaines.
1992 : la revanche de Sveti Stefan
En 1992, un homme d’affaires yougoslave finance un match de revanche contre Spassky, à Sveti Stefan puis à Belgrade. Fischer gagne 10 victoires à 5, avec 15 nulles. Mais la Yougoslavie est alors sous embargo des Nations unies : le gouvernement américain l’avertit que jouer là-bas viole les sanctions. Il crache sur la lettre devant les caméras, et un mandat d’arrêt est lancé contre lui. Il ne remettra plus les pieds aux États-Unis.
L’exil, l’arrestation et l’Islande
Pendant des années, il voyage entre l’Europe de l’Est et l’Asie. Dans des interviews, il tient des propos antisémites et anti-américains qui ternissent durablement son image. En juillet 2004, il est arrêté à l’aéroport de Tokyo avec un passeport révoqué et reste détenu plusieurs mois. L’Islande, pays du match de 1972, lui accorde la nationalité en mars 2005. Il s’installe à Reykjavik.
2008 : la fin
Bobby Fischer meurt à Reykjavik le 17 janvier 2008, à 64 ans, d’une insuffisance rénale. Il est enterré dans un petit cimetière près de Selfoss, en Islande.
Ce qu’il a laissé aux échecs
- La pendule Fischer (1988) : chaque coup joué ajoute quelques secondes de temps, ce qui évite les fins de partie dans la précipitation. Elle est aujourd’hui utilisée dans presque tous les tournois.
- Les échecs Fischer Random (Chess960), présentés en 1996 : les pièces de la rangée arrière sont placées au hasard, ce qui rend la théorie d’ouverture inutile.
- Un boom des échecs : l’après-1972 voit exploser le nombre de joueurs aux États-Unis et ailleurs.
- Des parties que l’on étudie encore, de la partie de 1956 aux parties de Reykjavik.
Pour aller plus loin : l’héritage de Fischer, la frise chronologique et la bibliographie.
Sources
- Frank Brady, Endgame: Bobby Fischer’s Remarkable Rise and Fall (2011).
- David Edmonds et John Eidinow, Bobby Fischer Goes to War (2004).
- FIDE : historique du titre mondial et du cycle 1975.