Les 20 victoires de suite (1970-1971)
Sept victoires à l’interzonal, deux scores de 6-0 et une première partie gagnée : le plus étonnant enchaînement de l’histoire des échecs.
Le contexte : revenir après des années d’absence
Après avoir quitté le tournoi interzonal de Sousse en 1967, Fischer joue très peu. En 1970, il revient et rejoue la compétition qui désigne le challenger du champion du monde. Le cycle est long : un tournoi interzonal, puis trois matchs à élimination directe, dits « des candidats ». Gagner les trois, c’est le droit d’affronter le champion du monde.
Palma de Majorque, 1970 : sept victoires pour finir
À l’interzonal de Palma de Majorque, Fischer termine premier avec 3,5 points d’avance sur ses poursuivants. Il gagne ses sept dernières parties. Cette série est le premier maillon de la chaîne.
Vancouver, juin 1971 : 6-0 contre Taimanov
Pour les quarts de finale des candidats, Fischer affronte le Soviétique Mark Taimanov à Vancouver (Canada). Résultat : six parties, six victoires. Le score stupéfie le monde des échecs : un match de ce niveau finit rarement sur un 6-0. Taimanov subira ensuite de lourdes sanctions dans son pays.
Denver, été 1971 : 6-0 contre Larsen
Quelques semaines plus tard, à Denver (Colorado), le Danois Bent Larsen, l’un des meilleurs joueurs occidentaux, subit le même sort : 6-0. Fischer a désormais gagné treize parties d’affilée, face à deux grands maîtres de premier plan.
Buenos Aires, automne 1971 : Petrosian
La finale des candidats oppose Fischer à l’ancien champion du monde Tigran Petrosian, à Buenos Aires. Fischer gagne la première partie : c’est sa vingtième victoire consécutive (7 + 6 + 6 + 1). Dans la deuxième partie, Petrosian s’impose avec une défense Grünfeld, et la série s’arrête. Après trois nulles, Fischer reprend le dessus et gagne les quatre parties suivantes. Il remporte le match 6,5 à 2,5.
Pourquoi cette série est-elle unique ?
- Elle est réalisée contre les meilleurs joueurs du monde, dans des compétitions officielles.
- Deux de ses trois matchs des candidats se terminent sur le score parfait de 6-0.
- Elle propulse Fischer à un classement Elo de 2785 en 1972, alors un record.
La route est ouverte pour le match du siècle à Reykjavik.
Sources
- Résultats des interzonaux et des matchs des candidats 1970-1971 (FIDE, archives de presse).
- Frank Brady, Endgame (2011).
- Bobby Fischer, My 60 Memorable Games (1969) pour son style de jeu.